Vendredi 20 novembre 2009



S'il est une chose que je ne pourrai jamais faire,
c'est bien d'arrêter mes vaneaux.
Je crois que ce qui les excitent par dessus tout, ce sont, après le passage des lames, les luisants et réguliers blocs de terre retournée, les muscles noirs ensanglantés.









Plateau d'Auvers-sur-Oise.
Photographie : copyright Olivier Verley.


 

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Jeudi 19 novembre 2009



Je peux compter chaque année sur lui.
Le vaneau huppé est de retour.
L'horaire des représentations est soumis au caprice du vaneau,
mais dans le ciel c'est un seul et même corps.

Venez nombreux, le théâtre est vaste, la chorégraphie au poil.
Depuis le temps, je les connais tous par leur petit nom. 








Plateau d'Auvers-sur-Oise.
Photographie : copyright Olivier Verley.



 

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Jeudi 12 novembre 2009




Octave Mirbeau décrit une scène hallucinante dans le Journal d'une femme de chambre. Célestine, après avoir repoussé Georges, un jeune tuberculeux, finit par se livrer à lui dans une étreinte où le crachat fait jonction entre la vie et la mort : "Mon baiser avait quelque chose de sinistre et de follement criminel. Sachant que je tuais Georges, je m'acharnais à me tuer, moi aussi, dans le même bonheur et le même mal. Délibérément, je sacrifiais sa vie à la mienne. Avec une exaltation âpre et farouche qui décuplait l'intensité de nos spasmes, j'aspirais, je buvais la mort, toute la mort, à sa bouche. Et je me barbouillais les lèvres de son poison. Une fois qu'il toussait, pris, dans mes bras, d'une crise plus violente que de coutume, je vis mousser à ses lèvres un gros, immonde crachat sanguinolent. -Donne... donne... donne ! Et j'avalais le crachat avec une avidité meurtrière comme j'eusse fait d'un cordial de vie (...)."







Photographie : copyright Olivier Verley.





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Lundi 9 novembre 2009




- Je ne sais pas si vous...
  mais... non... je me tais.
  Je vous assure, c'est préférable
.


 







Photographie ; copyright Olivier Verley.





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Jeudi 5 novembre 2009

 

 

(…) Si un homme était incapable de garder dans son souvenir une image de la beauté, pas même à l’instant de sa présence, il devrait désirer en être toujours éloigné, et jamais trop proche pour voir la beauté de ce qu’il serre dans ses bras, et qu’il ne voit plus, mais qu’il pourrait revoir en s’éloignant, et qui, au moment où il ne peut pas voir l’objet parce qu’il est proche de lui, au moment où les lèvres se joignent pour le baiser, sera tout de même visible pour les yeux de son âme… (…)

 

 (…) J’avais l’impression d’être témoin de cette scène d’adieux, je voyais comment cette tendre mère l’embrassait encore une fois avant de se séparer d’elle, et je l’entendais dire : « Va par monts et par vaux, ma petite, j’ai fait tout pour toi, prends ce baiser comme un sceau sur tes lèvres, c’est un sceau qui gardera le sanctuaire et que personne ne peut briser sans que tu ne le veuilles toi même, mais quand viendra celui qu’il faut, tu le comprendras. » Et elle pose un baiser sur ses lèvres, un baiser qui ne s’empare pas de quelque chose comme fait un baiser humain, mais un baiser divin qui donne tout, qui donne à la jeune fille la puissance du baiser. Oh ! Nature merveilleuse, profonde et énigmatique, tu donnes la parole aux hommes, mais l’éloquence du baiser aux jeunes filles ! C’est ce baiser qu’elle avait sur ses lèvres, cet adieu sur son front et ce salut joyeux dans son regard, et c’est pourquoi elle apparaissait à la fois si familière, car elle est bien enfant de la maison, et si étrangère, car elle ne connaissait pas le monde, mais seulement la tendre mère qui, invisible, veillait sur elle. (…)


(…) Pourquoi cette palpitation ? Est-ce de l’amour ? Peut-être. Un pressentiment de lui, un rêve de lui, mais l’énergie lui manque encore. Elle m’embrasse avec prolixité, comme le nuage de la Transfiguration, libre comme une brise, doucement comme on étreint les fleurs ; ses baisers sont fuyants comme ceux que le ciel donne à la mer, doux et tranquilles comme ceux que la rosée donne aux fleurs, solennels comme lorsque la mer caresse l’image de la lune. (…)

 

 



  (…) Ensuite je pense qu’un baiser est plus proche de son idée quand c’est un homme qui le donne à la jeune fille qu’inversement. Là où avec les années une indifférence s’est produite, le baiser a perdu son sens. C’est le cas du baiser conjugal d’intérieur avec lequel les époux, faute de serviette, s’essuyent réciproquement la bouche en disant : grand bien vous fasse ! Si la différence d’âge est très grande, aucune idée ne justifie le baiser. Le baiser doit exprimer une passion précise. Quand un frère embrasse sa sœur jumelle, le baiser n’est pas un vrai baiser, pas plus qu’un baiser de fortune aux jeux de Noël ou un baiser dérobé. Un baiser est un acte symbolique, qui ne signifie rien si le sentiment qu’il doit marquer n’existe pas, et ce sentiment n’existe que dans des circonstances précises. - Si on désire s’essayer à classer les baisers, plusieurs principes se laissent concevoir. On peut les classer selon le bruit qu’ils produisent. Malheureusement la langue ne suffit pas à couvrir le terrain de mes observations à cet égard. Je crois que l’ensemble des langues du monde n’a pas un assortiment d’onomatopées suffisant pour marquer les différences que j’ai appris à connaître rien que dans la maison de mon oncle. Le baiser est tantôt bruyant comme un déclic, tantôt sifflant, il y en a qui claquent, qui tonnent, tantôt il est bien rempli, tantôt creux, tantôt de calicot, etc. –On peut classer le baiser d’après son contact, le baiser tangent, ou le baiser en passant et le baiser cohérent. – On peut les classer d’après leur durée brève ou longue. Mais le temps peut donner encore une autre classification qui est au fond la seule qui m’ait plu. On distingue alors entre le premier baiser et tous les autres. La qualité visée ici est incommensurable avec ce qui survient lors des autres classifications, elle est indifférente au son, à l’attouchement et au temps en général. Le premier baiser est cependant qualitativement différent de tous les autres. Il n’y a que peu de gens qui y réfléchissent, et ce serait grand dommage qu’il n’y eût pas quelqu’un au moins pour y penser.

 

                              Kierkegaard, le journal du séducteur

 

                                                                       *

 

 

Photographie : copyright Olivier Verley.

 

 


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